Zythos Business
Actualités

Quand le régulateur devient consultant : ce que cela révèle sur l’État

Zythos Business

La nouvelle paraît, à première vue, anecdotique : deux techniciens au long parcours dans des institutions publiques de référence décident de quitter leurs fonctions pour monter leur propre cabinet de conseil économique. Cela arrive sans cesse, en Espagne comme ailleurs, et mérite rarement plus qu’un entrefilet dans la presse spécialisée. Mais si l’on s’arrête un instant pour comprendre pourquoi ce phénomène se répète de plus en plus souvent, l’anecdote cesse d’en être une et devient un symptôme. Et ce symptôme, à mon sens, en dit plus long sur l’État que sur ceux qui le quittent.

La complexité réglementaire est devenue un business

Depuis des années, nous construisons un maquis normatif — fiscal, comptable, financier, prudentiel — toujours plus dense, mouvant et, disons-le franchement, difficile à interpréter même pour ceux qui s’y consacrent à temps plein. Chaque réforme ajoute une couche ; on en retire rarement une ancienne. Résultat : comprendre la politique économique espagnole, ou anticiper son évolution, exige aujourd’hui une expertise qu’on ne trouve plus seulement dans les manuels, mais dans l’expérience d’avoir été à l’intérieur du système, d’avoir rédigé les rapports, d’avoir siégé dans les comités où se discutent les projets avant qu’ils n’atterrissent au Journal officiel. Ce savoir a un prix, et le marché est prêt à le payer. Ce n’est pas un hasard si l’on voit surgir de plus en plus de cabinets boutique fondés par d’anciens hauts fonctionnaires : ils répondent tout naturellement à une demande croissante, celle d’entreprises, d’investisseurs et de gestionnaires de patrimoine qui ont besoin d’un traducteur fiable entre le langage de la norme et celui de la décision business.

Jusqu’ici, le phénomène est plutôt sain. Un marché qui valorise l’expertise technique et accepte de la rémunérer vaut mieux qu’un marché qui l’ignore. Mon désaccord commence quand on regarde l’autre face de la médaille.

Ce que le secteur public laisse filer

Former un technicien capable de vraiment comprendre le fonctionnement de la politique monétaire, de la supervision bancaire ou de la conception de la politique fiscale ne se fait ni vite ni à bas coût. Cet apprentissage se produit, en grande partie, au sein même des institutions publiques : en examinant des dossiers réels, en participant à des décisions lourdes de conséquences, en commettant des erreurs qu’on ne peut pas se permettre dans un cabinet privé, où personne ne vous laisse apprendre à ses dépens. Or, quand ce capital humain, déjà mûr, quitte l’institution précisément au moment où son rendement est maximal, l’État perd sur deux tableaux : il perd la capacité qu’il avait constituée et, de surcroît, il finance indirectement la concurrence, puisque celui qui embauche ces anciens techniciens achète, au fond, des années de formation payées sur fonds publics.

Je ne crois pas que la solution consiste à freiner cette mobilité, qui est d’ailleurs légitime et souvent encadrée par des périodes d’incompatibilité raisonnables. La vraie question, s’il y a une solution, est plutôt de se demander pourquoi la carrière publique cesse d’être compétitive juste au moment où le professionnel atteint son pic d’utilité. Tant que le secteur privé pourra offrir en un an ce que l’administration met toute une carrière à égaler, cette fuite restera rationnelle pour chaque individu — et coûteuse, globalement, pour tous.

Un écart qui touche aussi les PME

C’est ici que le débat cesse d’être abstrait pour qui dirige une petite entreprise ou travaille en indépendant. Cette même complexité qui nourrit l’essor des cabinets haut de gamme au service des grandes entreprises, c’est aussi, à plus petite échelle, celle que subit chaque trimestre un indépendant ou une PME : des formulaires qui changent, des critères qui se nuancent, des échéances qui se chevauchent. La différence, c’est qu’une multinationale peut se payer un ex-directeur général pour lui expliquer la carte ; une PME, en général, ne le peut pas. Ce déséquilibre dans l’accès à l’interprétation experte est, à mes yeux, l’une des asymétries les moins commentées de notre économie : non seulement nous ne payons pas les mêmes impôts selon la taille de l’entreprise, mais nous ne payons pas non plus le même prix pour comprendre ce que nous payons.

Chez Zythos Business, c’est notre point de départ : la même rigueur technique que l’on vend au prix fort dans le grand conseil économique devrait être accessible à qui facture bien moins. C’est pourquoi nous traitons la fiscalité et la comptabilité des indépendants et petites entreprises avec la même exigence — lecture fine de la norme, anticipation des échéances, zéro raccourci — sans que cela dépende de la taille du compte de résultat du client. La complexité ne va pas disparaître ; ce que nous pouvons changer, en revanche, c’est qui a vraiment, à ses côtés, un traducteur de confiance.

Discussion

Il y a 0 commentaire.